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La kabbale des lettres

2026-07-08

Le mot kabbale effraie ou fait fantasmer. Ce n’est pas ce dont je parle.

Par kabbale des lettres, j’entends une chose sobre et précise : une approche phénoménologique. Une manière de décrire ce que l’on observe — dans le monde comme dans le texte biblique — à travers une grille de lecture qui prend les lettres et leurs combinaisons pour unité élémentaire. Elle ne demande aucune foi, aucune appartenance. Elle est abordable par quiconque, juif ou non.

Le Sefer Yetsirah — le « Livre de la Formation », l’un des plus anciens textes de cette tradition — pose que le monde se construit à partir des lettres et de leurs arrangements. Je ne le lis pas comme une croyance sur l’origine, mais comme une hypothèse de méthode : et si l’on regardait les choses comme des agencements de signes ? Une chose ne se distingue pas que par ses éléments, mais par leur agencement — c’est-à-dire par leur Tserouf — c’est la première ligne de mon manifeste.

Le Tserouf — permuter les lettres — est l’opération de cette grille. Chez Abraham Aboulafia, c’était une pratique contemplative : approcher l’infini par la recombinaison finie de signes. Je la reprends comme un instrument d’observation. Appliquée à l’énumération de toutes les permutations, elle fait apparaître une structure — la symétrie diédrale — qui était là sans que personne l’y ait mise.

C’est en cela que mon travail est une kabbale : non un secret, mais une lecture. Et ce qu’elle donne à voir, chacun peut le vérifier.